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17 novembre 2014 1 17 /11 /novembre /2014 19:20

 

Le phénomène de nouveaux langages issus d’une contre-culture ne date pas d’aujourd’hui. Le javanais ou langue de feu, le louchébèm et l’argot en sont des exemples historiques. Ce qui est nouveau c’est la cohabitation de ces derniers avec les moyens de communication modernes.

Les linguistes se sont affolés de voir notre noble langue défigurée, déformée, appauvrie. Les sociologues ont analysé le contexte dans lequel ces langages se sont constitués. Les enseignants ont tremblé devant les possibles conséquences de ces langages sur le niveau de français des élèves. Les parents ont dû baisser les bras devant l’incompréhension chronique des conversations de leurs enfants.

Pourtant, les linguistes savent très bien que la langue évolue et que les phénomènes de mode ne s’ancrent que difficilement dans les habitudes orales de tout un peuple. Les sociologues sont fascinés par la créativité et l’humour de ces langages tout en s’alarmant de l’aspect violent qui y est souvent présent. Les enseignants ont constaté que l’utilisation du langage SMS par exemple ne change rien au niveau de français des élèves et que ce sont même les meilleurs élèves qui déforment le plus la langue. Quant aux parents, ils vont sur les dictionnaires des langages des ados en ligne.

Cependant la situation peut devenir difficilement contrôlable. Au cours de l’audience solennelle de rentrée du Tribunal de Grande Instance de Gap, Madame le Bâtonnier avait indiqué qu’en décembre 2013 douze salariés ont été informés de leur licenciement économique par SMS. En novembre 2010 treize salariés ont été convoqués à un entretien préalable en vue de leur licenciement, également par SMS.

Le magazine Challenge dans un article intitulé « Comment décoder ce que disent les stagiaires d’aujourd’hui ? », parle de la génération Y qui supprime la frontière entre la vie privée et la vie professionnelle et ce même dans le langage utilisé au sein de l’entreprise. L’article cite un exemple parlant : « Un jour une stagiaire a répondu au téléphone en disant « Wesh, c’est Lucie ! » Elle était tombée sur un patron du CAC 40. »

Le Bâtonnier confirme ce genre de pratiques : « Je reçois parfois 5/6 mails par jour d’un même client qui me pose une question par mail. Dans certains courriels, je me demande parfois si le client se souvient à qui il s’adresse ? » dit-elle consternée.

Si les personnes parlent moins entre elles, elles semblent paradoxalement s’exprimer davantage, partout et sur tous les sujets. Elles utilisent leur langage sans limite et sans réserve. Les journalistes sont à l’affût du moindre tweet, du moindre statut Facebook qui par manque d’autocensure à de grandes chances d’être polémique. Notre société devrait peut-être envisager le retour à la machine à écrire comme l’envisagent certains députés allemands pour contrer les tentatives d’espionnage.

« Que font les gens du temps qu’ils gagnent en tapant Cdlt au lieu de cordialement en fin de mail ? » demandait récemment un tweet. Peut-être devraient-ils utiliser ce prétendu temps gagné pour parler plus à leurs parents, à leurs enfants, à leurs voisins.

À bientôt.

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri Évêque de Gap et d’Embrun

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