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13 septembre 2006 3 13 /09 /septembre /2006 23:11

 

Ils sont nombreux, les mots usés à force de servir.

Dans le contexte de guerre des mots qui nous intéresse ici, on pense d'abord au vocabulaire de la politique, de la propagande, des débats.

Démocratie, liberté, égalité, droits de l'Homme, tolérance, fascisme, extrême droite, évoluer, Europe, pluralisme, ouverture, dépassé, repli sur soi, racisme, progrès, paix, etc.etc.

Ces mots constituent le canevas de la plupart des discours politiques, voire religieux, depuis que les discours ont remplacé les actes, que la justification de l'action a trop souvent remplacé l'action.

Difficile en effet de ne pas rencontrer la plupart de ces mots, assemblés d'une façon ou d'une autre, dans les discours, déclarations, communiqués de nos gouvernants.

Mots sans cesse utilisés, répétés, matraqués, rabachés, mais jamais définis... 

Faites l'expérience entre amis. Demandez, par exemple, à plusieurs personnes ce que veut dire : démocratie, extrémisme, évolution...

On remarquera que tous ces mots peuvent être sans aucune ambiguïté clairement rangés dans deux colonnes :  positif et négatif, adhésion et rejet.

Il est étonnant de voir que tous ces mots appartiennent à un vocabulaire foncièrement moral, désignant le Bien et le Mal, ce qui contredit la pensée dominante -pour ne pas dire  "officielle"- selon laquelle "toutes les opinions se valent", "il n'y a pas de vérité",  et qui proclame que la morale relève du choix de chacun.

D'autres mots et expressions usés à force de servir : aller de l'avant, amour, assumer ses responsabilités, changement, dialogue, différence (accepter la différence), exactions (des serbes ! ), exclusion, faire bouger les choses, grâce aux voix (devinez), globalisation, humanisme, humanitaire, justice, moderne, prise de conscience (et conscience universelle), processus de paix (sic !), remise en cause ( c'est pas français ! on dit : remise en question , ou bien : mise en cause... ), respect, résistance, responsabilité, Révolution, solidarité, tabou (à faire tomber ! ) , valeurs,  etc.etc.etc...

Et là aussi, on constate que chaque mot ou expression relève du "Bien" ou du "Mal".

Nous reviendrons sur quelques-uns de ces mots.

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3 septembre 2006 7 03 /09 /septembre /2006 17:21

-                    Quelle est la première grande faillite de l'Histoire ?

-                    La faillite du chantier de la Tour de Babel

-                    Pourquoi ?

-                    Parce que les hommes n'y parlaient plus la même langue… 

 

   Rappelons cet épisode de la Bible, ref.  Genèse, 11, pour ne rien vous cacher.

C'est après le Déluge et le repeuplement de la terre.  

Tout le monde se servait d'une même langue et des mêmes mots. Comme les hommes se déplaçaient à l'orient, ils trouvèrent une vallée au pays de Shinéar et ils s'y établirent. Ils se dirent l'un à l'autre : " Allons ! Faisons des briques et cuisons-les au feu ! "  La brique leur servit de pierre et le ciment leur servit de mortier. Ils dirent : " Allons ! bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet pénètre les cieux ! Faisons-nous un nom et ne soyons pas dispersés sur toute la terre ! "  Or Yahvé descendit pour voir la ville et la tour que les hommes avaient bâties. Et Yahvé dit : " Voici que tous font un seul peuple et parlent une seule langue, et tel est le début de leurs entreprises ! Maintenant, aucun dessein ne sera irréalisable pour eux . Allons ! Descendons ! Et là, confondons leur langage pour qu'ils ne s'entendent plus les uns les autres."  Yahvé les dispersa de là sur toute la face de la terre et ils cessèrent de bâtir la ville. Aussi la nomma-t-on Babel, car c'est là que Yahvé confondit le langage de tous les habitants de la terre et c'est de là qu'Il les dispersa sur toute la face de la terre.

Les hommes n'y parlaient plus la même langue… Ils ne s'entendaient plus,  au sens de : ils ne se comprenaient plus.  Ils ne pouvaient plus travailler ensemble. Le chantier a donc fait faillite.

 

Une condition de la vie et de la prospérité du chantier, et de toute entreprise : parler le même langage !

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1 septembre 2006 5 01 /09 /septembre /2006 23:27

Pour se comprendre, la condition première est d'employer les mots dans le même sens. Keyserling cite quelque part Lao-Tseu qui dit à son empereur : "La première condition pour que l'ordre règne est la juste définition des choses. Quand les mots ne s'adaptent pas aux choses désignées, le peuple ne sait plus où mettre les pieds et c'est le désordre. " Je cite le sens, non la lettre dont je ne me souviens pas. (...)  L'opinion se nourrit d'impressions, toujours détruites et renouvelées au vent des événements, et ne trouve une certaine stabilité que dans la magie verbale, dans le formalisme verbal d'autant plus efficace qu'il utilise des mots inconsistants, dépourvus de signification précise, comme démocratie, liberté, égalité, fascisme, république, état, classe, etc. Tout un vocabulaire passe-partout que les démagogues utilisent en maîtres, des mots chargés d'affectivité explosive, le seul moteur des foules. A la tête des foules, un âne suffit.

Jean Coulonval, "Synthèse et Temps nouveaux", 1979, Lille

 

Beaucoup de mots, aujourd'hui, sont dévoyés. Sous la pression d'habitudes de langage qui ne sont pas toujours innocentes, ils perdent leur sens originel et servent d'outils de suspicion, d'armes de culpabilisation, aux fins de propagande ou de réglements de comptes. Ces faux sens calculés naissent du discours de quelques-uns et, véhiculés par une presse au style approximatif, finissent par entrer, ainsi masqués, dans l'opinion.

Michel Sinniger, "Famille chrétienne" , 5/12/1985

 

Intimider l'adversaire en noyant la vérité sous des flots de paroles inutiles ou mensongères est un procédé connu de maintes sociétés. Le discours de Petit-Jean dans "Les Plaideurs" en est un exemple que ne récuseraient pas les Africains amateurs de palabres, ni les spécialistes ex-soviétiques de la langue de bois.

Marie-Madeleine Martinie, "Famille chrétienne", 12/3/1992

 

Ainsi que l'écrivait Boileau : "Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement..." Il faudrait un Molière pour épingler le langage de nos nouveaux "précieux ridicules" ! Dans nombre de revues ou de livres, ils assénent leurs boursouflures verbales qui n'ont d'équivalent que la platitude et le néant de leur contenu.

CEE Information, revue du Centre d'Etudes des Entreprises, N°101

 

Les mots sont pourvus d'un sens magique et d'autant plus redoutable que leur signification est ambiguë et multiple, et que tout l'art ou presque tout l'art de celui qui prétend conduire les hommes est de se servir du langage pour imposer aux termes qui le composent de fausses significations.

Thierry Maulnier

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1 septembre 2006 5 01 /09 /septembre /2006 23:20

Bric-à-brac de mots pipés et de formules équivoques, tel apparaît surtout le fameux monument des "immortels principes", qui sont comme l'âme et le dogme de notre actuelle civilisation. L'esprit s'y trouve comme emprisonné et tout y semble disposé pour rendre vain l'effort de ceux-là même qui, par réflexion personnelle, seraient disposés à sortir de ce cercle infernal.

Jean OUSSET , "Pour qu'Il règne"

La philosophie de Hegel doit une grande partie de son succès à sa phraséologie obscure. Pour en comprendre la signification, celui qui étudiait son système devait tâtonner dans l'ombre avec l'inévitable résultat que chacun y trouvait ce qui lui convenait le mieux et y adoptait la signification qui était la plus conforme à sa personnalité et à ses désirs... C'est la le secret du succès de maintes doctrines obscures et contradictoires; elles s'accordent à tous les goûts et à tous les palais; une nouvelle doctrine qui est claire, logique, sans mysticisme et sans contradiction attire rarement la forte majorité.

 RAPPOPORT, "Pioneers of the Russian Revolution"

 

  Que votre "oui" soit "oui", que votre "non" soit "non".  Tout le reste vient du Malin.

Epître de Saint-Jacques, 5, 12

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19 août 2006 6 19 /08 /août /2006 08:18

 

Lorsque les communistes prennent la tête d'une croisade "pour les droits de l'homme, la paix, la justice, le progrès, il s'agit en fait de certains droits de l'homme, d'une certaine paix, d'une certaine justice, d'un certain progrès. Dans leur vocabulaire, le contraire des droits de l'homme s'intitule droits de l'homme; le contraire de la paix, c'est la paix; le contraire de la justice, c'est la justice. Le langage communiste, ou "P.C.F", a le pouvoir magique de transformer le sens des mots les plus simples. C'est une véritable langue étrangère, qui n'est pas directement accessible au non-initié.

 

 Christian JELEN, présentant son livre "Le PCF sans peine", 1981

 

 L'idéologie est un système verbal, qui repose sur des mots et se nourrit de mots. Lui donner des mots, lui céder sur des mots, c'est lui conférer la seule réalité dont elle soit capable. (...)  "Racisme" fait désormais partie, avec "impérialisme" et "fascisme", de ce groupe de notions indéterminées qui peuvent être appliquées à n'importe qui et n'importe quoi selon les intérêts immédiats du pouvoir idéologique, ce qui a toujours été une des supériorités du bolchevisme sur l'idéologie nazie. (...) A mesure que la réalité dérive comme elle peut loin du "socialisme", la parole et l'écrit publics la décrivent colline "un socialisme en construction". Une scission entre la réalité et la surréalité se produit. L'art de la parole consiste en ce que la réalité verbale ressemble extérieurement à la réalité, colle à elle, la serre au maximum. Jamais pourtant ne se produit le miracle de l'adaequatio rei et intellectus,de l'adéquation, plutôt, de la chose et du mot.

 

 Alain Besançon, "Présent soviétique et passé russe", 1980 .

 

  De façon générale, on peut dire qu'en Chine les gens disposent maintenant de deux niveaux de langage: l'un naturel et humain, qui leur permet d'utiliser leur propre voix, et qu' ils adoptent pour bavarder de leur santé, du temps qu'il fait, de la nourriture, du dernier match de basket-baIl, etc., et l'autre strident et machinal, pour traiter de toute question politique. (...) Le jargon de l'idéologie est en prolifération constante: le régime croit pouvoir se sauver de la banqueroute idéologique en se réfugiant dans l'inflation verbale. (...) J'ai déjà signalé plus haut quelques-unes de ces distinctions logomachiques qui amènent le langage courant à perdre son sens: ainsi celle qui est faite entre les " stimulants matériels" (maudits) et les " justes rétributions proportionnées au labeur fourni" (encouragées); on pourrait y ajouter " la révolution permanente" (hérésie trotskiste) et la " révolution continuelle" (développement génial et créateur apporté par Mao Tse-tung à la pensée marxiste).

 

 Simon LEYS, "Ombres chinoises", 1974.

 

     De l'aventure connue sous le nom d'hitlérisme, dégageons maintenant des conclusions valables pour bien d'autres époques de l'histoire. Ce n'est pas d'envahir un petit pays qui est diabolique, cela s'est fait de tous les temps, c'était si l'on peut dire, égoïsme normal, soif de richesses, vulgaire impérialisme; ce qui est diabolique, c'est d'appeler cela " consolider la paix " ou " fonder le nouvel ordre ". Ce n'est pas d'annexer la Tchécoslovaquie qui est diabolique, mais c'est de le faire au lendemain d'un discours où  l'on invoque " le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes ". Ce n'est pas de transformer le territoire du voisin en champ de carnage et de bombardement, mais c'est d'appeler ce champ de mort " espace vital ". Ce n'est pas de violer les Traités, mais c'est de vouloir s'innocenter en proclamant en tête d'un nouveau Code : "Le Droit est ce qui sert le peuple allemand."  Ce n'est pas d'attaquer les Eglises, mais c'est de le faire en nationalisant la Providence, et en son nom. Ce qui est proprement diabolique, c'est moins de faire le mal que de le baptiser bien, quand on le fait. C'est de vider tous les mots de leur sens, de les retourner et de les lire à rebours, selon la coutume des messes noires. C'est d'invertir et de ruiner par l'intérieur les critères même de la vérité. Et c'est enfin d'aller loger le mensonge, de préférence, dans une parole de vérité !

 

 Denis de ROUGEMONT , "La part du diable",1942

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16 juillet 2006 7 16 /07 /juillet /2006 16:17

" Nous ne parlons pas pour dire quelque chose, mais pour produire un certain effet "  aurait dit Goebbels, ministre de l'information et de la propagande (à l'époque, c'était clairement annoncé) du IIIe Reich.

 

Le blog DEFLANDRES vous proposera régulièrement des réflexions sur

 

LA GUERRE DES MOTS

 

Il y a les mots usés à force d'avoir servi.

Il y a les mots que l'on n'ose plus utiliser.

Les mots qui masquent la réalité.

Les mots qui vous cataloguent ou vous tuent.

Les mots de la langue de bois , ceux de la langue de coton.

Les mots à la mode, les mots du franglais, les mots des jargons.

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22 juin 2006 4 22 /06 /juin /2006 14:39

Ô, Liberté ! Que de crimes on commet en ton nom !
Madame ROLAND, personnalité de la Révolution française ; fut guillotinée

Nous ne parlons pas pour dire quelque chose, mais pour produire un certain effet.
Joseph GOEBBELS, ministre de la Propagande du Ille Reich .

Curieusement, les mots servent de moins en moins à désigner les choses mais au contraire à les masquer. Les vieux sont réduits au troisième âge et les défroqués à l'état laïc. Il s'agit bien encore d'une peur et d'un refus du réel. Un chat n'est plus un chat.
Charles RAMBAUD, animateur culturel, écrivain, chroniqueur

Veiller sur le langage, restaurer les mots discrédités n'est pas un combat inutile. Les mots sont les citadelles des réalités. Quand ils tombent, les réalités meurent.
Charles RAMBAUD

Pour avoir découvert le monde à travers le langage, je pris longtemps le langage pour le monde.
Jean-Paul SARTRE, "Les mots", 1964

Ne jetons plus aux foules des termes dont on ne leur explique point le sens théologique et vrai. Ils ne cessent d'engendrer les idées qui tiennent les masses en ébullition et les arrachent au devoir de la vie.
BLANC DE SAINT-BONNET, "La Légitimité"

Parler improprement, ce n'est pas seulement une faute envers les choses, mais c'est aussi un mal que l'on fait aux autres.
SOCRATE, "Phédon"

On doit discourir des choses et non des mots. La plupart des contrariétés viennent de ne pas s'entendre et d'envelopper dans un même mot des choses opposées.
MOLIERE, Préface de "Tartuffe"

La politique est un lieu d'élection pour la magie, car les mots y ont une existence en soi et un pouvoir incantatoire. L'un des grands bonheurs de la démocratie est que l'on peut à peu près tout payer avec des mots (...) Il est bizarre qu'aucun sociologue n'ait remarqué et abondamment consigné dans un ouvrage indigeste, que nous vivions dans l'âge de l'euphémisme.
Les pauvres sont devenus des économiquement faibles, les paysans des ruraux, la fille mère une mère célibataire, les vieillards des personnes âgées, le concierge un gardien, les bonnes des demoiselles de maison ou des aides familiales, etc.
Jean DUTOURD, "L'école des jocrisses", 1970

En suédois, le mot traditionnel pour ménagère, ou femme au foyer, est "husmor", terme parfaitement honorable; il fut remplacé par le néologisme "hemmafru", littéralement "la femme-qui-reste-à-la-maison", qui est presque péjoratif. Il ne fallut que quelques mois aux mass media pour substituer le nouveau terme à l'ancien. Dès la fin de 1969, il était presque impossible dans la conversation quotidienne de parler d'une femme au foyer sans avoir l'air de condamner ou de ricaner. La langue suédoise avait été changée au nez et à la barbe des Suédois.
Roland Huntford, "Le nouveau totalitarisme", 1976

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